La citadelle du coeur

Posté le 6 septembre 2006

Encore une fois le silence hante la maison… la nuit est terne sous les nuages, même la lune dans toute sa rondeur s’est voilée. Ce soir pas d’étoiles au firmament, il pleut sur mon visage.

J’ai erré pourtant au plus profond des labyrinthes de mon être, mais je n’ai pas trouvé un seul brin de force…J’ai marché hors sentiers, sur les feuilles jaunies de ma vie amassées dans un petit coin, pour ne pas emcombrer la voie du coeur, mais rien… Il pleut sur mon âme, et je n’ai même pas de parapluie !!!

Sanglée de ma fatigue, j’ai gravi le chemin escarpé qui méne au coeur. Les pierres jonchent l’allée,  les ramasser pour restaurer le rempart de la citadelle du coeur. Oh non pas qu’elle soit menacée de grandes armées, mais parfois quelques chevaliers tentent l’ascension, par curiosité. Ils sont en croisade sur la carte du tendre, et font halte à la citadelle. Ils posent leurs sacoches de mots doux, certains se prenent pour des princes charmants, d’autres parfois pour des troubadours,et improvisent des scénettes sur la place du marché… ils sont bons artistes, et je suis bon public.Le temps de reprendre quelques forces, de se nourrir du lait de la matrice, de remplir leur besace en bonheurs chipés aux fond des fontaines, et il repartent repus… Sur la place ne restent que les miettes de leur passage, qu’il faut à chaque fois balayer pour préserver un peu la fraîcheur des lieux. Les fleurs qu’ils avaient apportées ont fanés dans les coins de rue, les mots trainent de partout, c’est à chaque fois un travail épuisant que de tout remettre en ordre, les victuailles commencent à manquer, car de mots, de fleurs on ne nourrit pas un coeur.

Et cette habitude de piétiner les parterres fleuris d’espoir !!!! Il faut un temps fou pour retrouver un peu de couleurs, et les fleurs d’espoir sont capricieuses. Elles réclament du soleil pour éclore, s’épanouir, et même beaucoup de pluie pour germer, comme ce soir…

La citadelle s’etait fragilisée ces derniers temps, et je pris  donc la décision de dresser un rempart pour la protéger des chevaliers des mots….

Il y a quelques temps, un paladin égaré traversa le pont levis et glissa sous la porte un parchemin empli de mots soleils. Il possédait une carte des possibles, et me contait ses merveilles. Il manquait du soleil et de la chaleur au coeur de la citadelle pour faire refleurir les espoirs, mais la bruine persistait à ses assauts de mots. Patient, il déposa ses rêves en consigne, et frappa plus fort sur la porte du réel. De pourparlers en pourparlers, je me laissais apprivoiser doucement par ce charmant manant… Il avait un regard aussi grand et aussi bleu que tout le ciel d’été, magicien il faisait apparaitre des oiseaux aux mille couleurs et aux chants troublants. Des étoiles de sincérité brillèrent dans la nuit. Craintive, je regardais cela tapie derriére la fontaine des miracles. De ses gestes doux et protecteurs il me fit sortir de ma cachette. Il avait apporté dans ses saccoches des provisions d’amour, des graines de confiance, que nous semèrent ensemble, à la place des remparts. Et l’alchimie de nos sentiments transforma la pierre en amour.

Mais il faut un ingrédient important à l’amour pour trouver sa place, c’est le temps, et la force. La citadelle du coeur était encore un peu meurtrie du dernier passage d’un chevalier aux rêves de prince charmant, et sa gardienne malgré la force qu’elle cultivait, restait encore fragilisée. Le magicien venait lui rendre visite réguliérement, mais surtout malgré la distance qui les séparait, il s’occupait chaque jour du jardin de l’amour. Prince en son pays, le manant vivait entouré d’une cour fidèle et admiratrice, qu’il nourrissait de mots aimables, tendres, et charmeurs. J’aimais cette grande qualité de coeur qui l’habitait. Mais un soir, il fit sortir un oiseau au ramage enjoleur, qui se posa sur une courtisane bien décidée d’étaler ses nouvelles richesses. Ce n’était qu’un oiseau au beau plumage, qui rentrerait le soir au pays, il sortait juste pour jouer un peu avec les petites courtisanes alentours.

De loin je regardais son petit manége, son vol majestueux, et les nuages de ses mots charmeurs, j’entendais la courtisane se pamer sous la mélodie… ce qui n’était qu’un jeu d’oiseau, aux yeux du magicien, se transforma en gros nuage au dessus de la citadelle du coeur… et la pluie ruissela sur mes joues,incontrolable, des ruisseaux de larmes ravinèrent les sentiers enfouis, pour faire ressurgir les peurs, et les craintes passées des chevaliers des mots.

Il faut des nuits de pluie parfois pour laver de ses feuilles mortes, et de ses branches calcinés les chemins et les citadelles du coeur. Il faut laisser tomber la pluie de larmes qui endigue son coeur par dessus les remparts pour entendre un souffle…. le souffle du magicien qui de ses mots précieux séchent doucement les nappes de larme, et de sa voix là bas si loin de la citadelle, caresse tendrement les plaies à peine cicatrisées de l’amour…

Vidée de mes larmes, l’esprit plus clair aprés l’orage et le passage de ce vent tiéde, je vais apaisée rejoindre la couche des rêves, fertiliser les graines de force qu’il m’a envoyé en écho, cette nuit de là bas….et remettre de l’ordre dans la citadelle du coeur…. déjà je sens l’arc en ciel poindre avec le lever du jour…

 

  

 

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